THÈME 2017 : l’Image : cette chose de l’esprit.

Depuis toujours, les images sont le domaine privilégié des artistes, les champs Élysée du peintre,  du dessinateur, du graveur, du photographe, du sculpteur, du cinéaste,…

Instrument élémentaire de la représentation, figurative ou abstraite, l’image procède toujours d’un artifice : le substrat dont elle tire son existence est sans rapport avec ce qu’elle évoque.
Qu’elle soit produite par des sons (musique) des mots prononcés ou écrits, (poésie, littérature, théâtre), des matières et des matériaux (dessins, peinture, estampes, sculpture…), des procédés optiques, physico-chimiques (photographie, cinéma, vidéo, etc…) ou numériques : les notes, la lettre, les pigments, le métal, la pierre, la terre, le bois, le bronze, l’encre, le sel d’argent, le tube cathodique ou l’écran lcd, les pixels… les éléments matériels qui la constituent ne sont plus perçus pour ce qu’ils sont dès lors qu’ils atteignent leur but et remplissent leur fonction picturale.
Le traitement subi par le médium convoque dans notre cerveau les connaissances et les émotions propres à leur donner un sens… C’est donc la dimension immatérielle que le regardeur ajoute au support matériel qui produit l’image.
Ce que soulignait déjà Léonard de Vinci lorsqu’il affirmait
« La pittura e cosa mentale »
la peinture est une chose de l’esprit…
Ce que nous regardons devant sa Joconde ce sont des pigments liés par diverses substances qui les maintiennent collés sur un morceau de bois. L’image que nous en conservons est celle d’une femme au sourire énigmatique dans un décor étrange.

Les arts plastiques s’épanouissent dans cet écart qui va de la matière (plastique : toute substance mise en œuvre par une modification de sa forme) aux sensations que suggèrent les apparences qui lui sont données par le plasticien…
De la trace de charbon sur la roche de la grotte Chauvet au modelage de la lumière d’Olafur Eliasson, le champ est immense, les variations infinies qui s’offrent au dialogue entre la matière et l’esprit.

Quelle que soit la façon de la faire advenir, l’image s’impose comme un outil incomparable pour connaître ou imaginer le monde, pour l’analyser, le comprendre ou l’inventer.

Si avec Jean-Luc Godard nous recherchons « les images justes », nous sommes persuadés avec Philippe Descola que « L’effet d’une image excède toujours ce qu’on peut en dire »*.
Arts à la Pointe choisira d’en montrer, pour constater leurs vertus de visu.

Yvain Bornibus, pour Arts à la Pointe
Juillet 2016

* Philippe Descola, anthropologue, professeur au Collège de France.