Pierre Le Saint

Eglise Saint-Raymond, Audierne

Les Géostationnaires / Samba, papier de soie, colle (expo en création)

Les géostationnaires, pour peu qu’on les observe d’ailleurs, tournent vite. Illustrant au plus poétique le parasitisme estival que peut représenter cette migration saisonnière de l’art contemporain dans les enceintes patrimoniales. Pierre Le Saint envahit Saint-Raymond de ses rêveries extatiques, ses globules urbains flottent et squattent l’espace aérien de l’église. Ces ex-votos spatiaux à la technologie pré-industrielle ne sont pas sans rappeler en clin d’oeil les vaisseaux burinés dans le granit extérieur. « Tout en expérimentant, écrit-il, je raconte des histoires pour le plaisir du jeu, du décalage, de la bêtise ».

site de l’artiste

Eglise Saint Raymond

Des Flandres à l’Andalousie, les registres portuaires du 16ème siècle et du 17ème siècle, mentionnent la présence de bateaux capistes tout au long des côtes atlantiques. Audierne est alors l’un des plus grands ports de roulage de l’ouest européen. De port en port, montant et descendant les côtes atlantiques européennes, ils chargent et déchargent leurs cales de poissons, de vins, de sels, de draps et de toutes ces denrées que s’échangent ces territoires aux productions spécialisées. La pointe bretonne, ses courants, ses récifs, ses mythes effrayants, est le parage le plus dangereux du commerce maritime de l’ouest de l’Europe. Les marins capistes les connaissent et s’imposent naturellement comme des pilotes incontournables, une assurance pour les affréteurs de navire.

A l’image de nombreuses maisons du vieil Audierne, l’église Saint Raymond est un témoin de cette période de prospérité. Marchands et maitres de barques affichent leur piété superstitieuse, commune aux gens de mer, autant que leurs fortunes en apportant leur obole pour l’édification de cette nouvelle église. Les bas-reliefs représentant carvelle et barque sur les murs extérieurs de l’édifice signent leur participation à cette œuvre collective. Les travaux débutent à l’aube du 17ème siècle. Le chœur est achevé en 1607, le transept et le porche latérale cinq ans plus tard. Le clocher lanternon, dans le pur style baroque, porte la date de 1631. L’interminable guerre maritime avec l’Angleterre qui débute au milieu du 17ème siècle sonne le glas du commerce maritime français et donc breton. A la Révolution Française, Audierne est une ville ruinée.