Binôme Lambda

Chapelle de la Trinité, Plozévet

/ Techniques diverses (exposition en création)

Benjamine Guilbault et Cyril Le Goualher se nourrissent de tout ce qui les énerve. A l’affût constant du faux, du mensonge, de l’arrogance, de l’artificiel, de l’essoufflement de la pensée, de la glorification de l’à peu près, de la norme, du domestique, de tous ces autoritarismes qui les écoeurent. Pris d’une nausée systématique contre tout ce qui tenterait de les opprimer, leurs réponses visent au minimalisme, à l’uppercut conceptuel. La conception sociale que nous avons du temps ne pouvait donc qu’inspirer Binôme Lambda. La minute n’est plus que ce qu’elle est, un instant parmi 1440 autres, dans la sempiternelle attente du retour de son moment de gloire.

site de l’artiste

La Chapelle de la Trinité

La chapelle de la Trinité, fondée au XIVème siècle et dont la nef témoigne du style architectural du Pont-Croix, est le témoin cinq siècle plus tard d’un autre mouvement artistique local. A l’aube du XIXème siècle s’amorce puis se diffuse l’art de la parure des costumes de fête dans les milieux populaires bretons. Les brodeurs deviennent peu à peu des personnalités prestigieuses dans les communautés et rivalisent de créativité pour donner à chaque terroir ses couleurs, ses motifs, ses rubans, ses dentelles… Les costumes du Pays Bigouden sont parmi les plus remarquables avec ses plastrons de velours noir ou sont brodés avec des fils d’un or éclatant, de rouge vif ou de vert des plumes de paons, des soleils, des fougères ou des cornes de béliers. D’abord itinérants, la profession s’organise en spécialités, mutualise ses moyens et se sédentarise, comme ici à la Trinité. Le hameau, dominé par sa chapelle, rassemble en 1899 125 brodeurs-tailleurs, selon Pierre-Jakez Hélias dans « Le Cheval d’Orgueil ». Dans le Pays Bigouden, nous explique l’écrivain, les brodeurs sont souvent des hommes « unis dans l’orgueil d’un métier extraordinaire, un métier contre nature disait l’un d’eux, parce qu’il aurait mieux convenu aux femmes. Mais les femmes n’avaient pas les doigts assez durs pour enfoncer l’aiguille dans le gros drap de Montauban ». Cependant, la profession vit bientôt ses derniers feux. Dans l’entre-deux-guerres, le port du costume de fête, peu pratique, démodé et onéreux, particulièrement chez les hommes, tombe peu à peu en désuétude.