Appel à projet 2015

Appel à projet pour l’édition 2015

Thème de l’édition  N’AUTRE MONDE

Le chaman, le prêtre, le sorcier depuis toujours convoquent le talent de l’artiste pour fabriquer les preuves de l’existence d’autres mondes qui régiraient le nôtre : masques africains ou inuits, Kachinas Hopis, fresques égyptiennes décrivant au jour le jour les us et coutumes du royaume des morts, bas-reliefs Mayas, Hindous ou Romans dressent un relevé précis d’univers mythiques. Qui doute de la réalité du Centaure, de la Méduse, du Cyclope, des ailes de la Victoire de Samothrace ? De la Licorne, du Dragon, des Chimères… ne les avons-nous pas tous vus !
Parce qu’elle s’adresse aux sens autant qu’à l’esprit, à la raison autant qu’à l’inconscient, parce qu’elle appartient autant à la réalité extérieure qu’à notre imaginaire le plus intime, mais aussi parce qu’elle s’adresse à chacun comme au plus grand nombre, l’œuvre d’art fait de l’artiste un démiurge potentiel. Libre à lui d’inventer, d’organiser, de mettre en scène, de rendre tangible l’existence d’un monde dont il serait le créateur.

La création c’est l’invention et la composition d’une œuvre répondant à deux critères : apporter du nouveau (c’est-à-dire produire quelque chose qui n’a jamais été fait)
et en voir la valeur reconnue par un public.

Didier Anzieu
Le corps de l’œuvre, Gallimard, 1981.

Quand d’autres s’emploient à peser sur le monde qui nous est donné pour l’orienter vers un modèle conforme à leurs souhaits, certains artistes visionnaires, impatients ou désenchantés, misanthropes ou idéalistes, construisent de leur vivant une œuvre qui a tous les attributs d’un univers, en tout cas d’un monde alternatif où ils peuvent se réfugier, se sentir « chez eux » mais aussi qu’ils nous invitent à découvrir, à partager, voire à faire nôtre.
On pense bien sûr à Jérôme Bosch qui donna tant de force et de détails à l’apparence d’un monde imaginaire, au réalisme onirique d’un Dali, d’un Magritte ou d’un Delvaux, mais aussi à celui de l’américain Charlie Simond’s qui dispersa à travers les continents les vestiges d’une civilisation fictive dont il a imaginé l’histoire et tout un système de croyances.
Les Français Robert Combas ou Hervé di Rosa ou encore dans un autre registre, Pierrick Sorin ont imprimé dans nos références la réalité de leurs univers plastiques complexes. Tandis qu’ailleurs les pastilles colorés Yayoi Kusama recouvrent tout,  les personnages de Takashi Murakami envahissent Versailles ou les monstres vivants de l’Américain Tony Oursler illustrent cette capacité à produire concrètement des mondes différents. Soit qu’ils opèrent une telle distorsion dans la représentation du nôtre que leur étrangeté prend le pas sur le familier, soit que d’autres codes, d’autres logiques, d’autres valeurs les régissent.
Qu’ils aient recours à la figuration ou à des constructions plastiques et esthétiques inédites pour manifester leur évidente singularité, ces autres mondes existent. Ils imprègnent nos imaginaires, comblent les lacunes du réel, influencent les modes, les comportements, les choix politiques, les styles de vie (romantiques, punk, surréalistes, mangas…).
Ainsi le regardeur se trouve-t-il dans la situation d’un explorateur lorsqu’il s’aventure à la « découverte de l’univers » d’un artiste inconnu.
Le spectre du dépaysement qui s’offre à lui est vaste qui va d’un style particulier grâce auquel le monde connu prend un apparence inédite (les ectoplasmes longilignes du Greco sont-ils vraiment humains ?) au fantastique obsessionnel d’un Dado en passant par l’énergie spirituelle d’un infra monde que l’abstraction lyrique met à jour, et par les détournements de matériaux et de technologies qu’ouvrent aux artiste les sciences et l’industrie numérique…

En 2015 Arts à la Pointe vous invite dans… n’autre monde.

Direction artistique Arts à la Pointe, juillet 2014.


télécharger l’appel à projet et les conditions de participation 2015